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DEPART LEOPOLD SEDAR SENGHOR, RETOUR AEROPORT INTERNATIONAL BLAISE DIAGNE : Comme à New York-JFK et Paris-CDG

   

Nouvel aéroport, nouvelles mœurs. Ici, pas de système D, pas de passe-droits, pas de prises de tête ni de protestations, c’est chacun son tour, c’est rapide, pourvu que cela dure. On n’attend pas plus qu’à JKF, toutes proportions gardées.

J’ai quitté Dakar mi-novembre en empruntant ce bon vieil aéroport de Dakar-Yoff, de son nom de baptême aéroport international Léopold Sédar Senghor (Ailss). Laissant à ma ville natale sa chaleur, ses habitants indisciplinés, ses badauds scotchés à l’aérogare et leurs trafics en tous genres de survie dans la jungle du macadam. Malgré les améliorations apportées par couches successives à la sureté, et notamment la sécurité, à la mobilité des voyageurs du parking à l’embarquement, il y avait toujours un gugusse qui vous proposait, en douce, un petit commerce en dehors des circuits officiels agréés : change louche, chariots étrangement payants, transport douteux en low cost et tout ce que vous pouvez imaginer. Et telles des piqûres de moustique indésirables, les propositions étaient plus ou moins insistantes et agressives selon le genre (fille) et la provenance (touriste blanc). Même les barrières ne les arrêtaient point car ils avaient ingénieusement, c’est-à-dire « sénégalaisement », contourné l’obstacle en « embauchant » à l’intérieur des frontières interdites des « collègues » qui, eux, sont des employés réguliers de la zone aéroportuaire.

Accent tchi tchip

N’ayant pas remarqué le bureau de change officiel, je sors et me dirige vers la banque. La trouvant fermée, le vigile (sic) de l’établissement bancaire, dramatise à souhait la situation: « Madame, la banque n’ouvrira que demain, bla bla ». Pendant son speech, j’envoie un texto à une voyageuse de mes connaissances et elle me renseigne rapidement. Estimant m’avoir suffisamment affolée, le vigile à plusieurs casquettes m’offre enfin ses services de facilitateur de change et s’apprête à appeler son copain cambiste pour qu’il rapplique dare-dare et me pompe mon argent de poche, gagné à la dure! Désolée mon petit gars, je fréquentais Dakar-Yoff avant même ta naissance; va proposer ton change à deux balles à d’autres pékins. Je le lui ai dit avec un accent de tchip tchip (Parisienne de Dakar).

A l’intérieur, dans l’aérogare, la dame du change officiel me fait mon affaire efficacement, avec le sourire et un reçu. Pas d’arnaque, pas de souci. Cela change du système D. Cela fait presque oublier que les chariots de l’aérogare sont tous, depuis bien longtemps, pourris, désaxés et terriblement sales. Selon une source à l’aéroport, ce sont des chariots usagés dont les grands aéroports se débarrassaient et qui trouvaient preneurs chez nous. Voilà qui pourrait expliquer que le chariot va dans une autre direction que celle qu’on lui imprimait.

Le passage à la police de l’aéroport est toujours pour moi le plus agréable après la lente file d’attente à l’enregistrement: professionnalisme, courtoisie et respect semble être leur devise. En faisant preuve de la même courtoisie, le voyageur peut tranquillement faire ses formalités. Un petit sourire ou un mot gentil, cela ne fait pas de mal même à un policier. Ils sont des êtres humains comme nous autres.

Même chose au passage à la douane. Les fonctionnaires des douanes sénégalaises semblent cibler les voyageurs selon des critères propres à eux, derrière une indifférence qui n’est qu’apparente. Ils travaillent en amont, aidés par le renseignement et les informations. Les vrais fraudeurs, les porteurs de valise et de biens prohibés, ça les connaît.

La queue pour embarquer sur la compagnie qui vous transporte à Roissy Charles-de-Gaulle est encore plus pénible que les « rats » d’aéroport. Dans ce couloir étouffant et inconfortable, on voit déjà que la messe est dite pour Ailss. Durant le vol, mon voisin de siège, un Anglais de 70 ans, me pompe l’air, en anglais, avec les photos sur son smartphone de ses vacances au Sénégal - que des jeunes nymphes à sugar daddy - et ses leçons de démocratie. Je lui réponds sèchement de garder ses leçons et de me cacher ces seins nus que je ne saurais voir. Quel effronté ! Le steward vient voir ce qui se passe.

La messe est dite

Tout se passe bien à Roissy, où en attendant mon vol pour New York-JFK, je me repose sur de confortables méridiennes en cuir après un rafraichissement dans les toilettes très propres du Terminal 2 E. Que du luxe et de l’apparat étalé partout, on se croirait au royaume opulent du moderne et contemporain. Pourtant ce n’est pas le cas partout dans ce terminal. A la porte où on embarque pour le retour à Dakar, les toilettes, ce n’est pas vraiment pas la joie: petites, en nombre insuffisant et aucun faste. Tout l’effort est mis sur l’aérogare où tous les vols internationaux de la compagnie nationale atterrissent, pour séduire le voyageur et l’inciter à revenir. Ce n’est pas bête, mais va falloir pousser l’effort jusqu’au bout.

A New York, le terminal d’arrivée du vol de la compagnie française est bien plus court que celui du vol de la compagnie américaine Delta qui dessert Dakar en vol direct sur la Grosse Pomme. Avec Delta, toutes les « driankés » sénégalaises s’abonnent au fauteuil pour personnes à mobilité réduite tellement tu as le temps de revenir à Dakar avant de finir de parcourir les innombrables couloirs qui te mènent au passage à la police. Finalement, au retour d’un précédent voyage aux Etats-Unis, j’avais boudé Delta parce que leur appareil est ridiculement petit et inconfortable. Cela dit, il est arrivé qu’un vol Air France soit changé à la dernière minute pour raison technique et que pour rejoindre l’appareil dans un no man’s land de Roissy-CDG, le voyage en bus était presque aussi long qu’un jour sans pain pour un Sérère... C’était le cas l’après-midi du 1er décembre 2016 sur un vol AF 718 pour Dakar-LSS. Dans le bus qui n’arrêtait pas de rouler, on avait fini par penser que la compagnie comptait nous faire voyager par car au Sénégal. Finalement, après plusieurs lignes droites et virages sur des kilomètres, et bien des fous rires, notre appareil était là et bien là avec un équipage. Et cerise sur le gâteau, le vol était quand même arrivé dans les temps.

C’est toujours mieux que la défunte compagnie nationale Air Sénégal ou Air Sénégal International. En janvier 2007 ou 2010, entre Paris et Dakar, le personnel naviguant, au lieu de régler le problème posé par un passager, vaquait à ses occupations comme si de rien n’était. Ce passager, un Sénégalais expulsé, un costaud à l’esprit un peu dérangé, soliloquait depuis le départ de l’aéroport d’Orly et ressassait son amertume, accusant Me Wade et le Sénégal de l’avoir fait expulser en signant des accords avec la France dans ce sens. Durant trois heures, il avait fallu subir son propos décousu au débit ininterrompu, même quand les lumières ont été réduites pour permettre à ceux qui le voulaient de piquer un petit somme. Au moment de survoler le Maroc, c’est une passagère, plus agacée que craintive du bonhomme, qui l’a fait taire avec beaucoup de fermeté en lui promettant au besoin de l’interviewer une fois arrivé à Dakar. Devant tant de hardiesse, il s’était tu et fait tout petit. Pourtant, il y avait des baraqués parmi les stewards. On espère que cela n’arrivera pas avec le nouveau pavillon sénégalais.

Polémique stérile

Alors que sur les billets, l’aéroport de Dakar LSS était toujours prévu pour le retour, dès le 4 décembre, au plus fort de la polémique nationale sur l’ouverture de l’Aibd, la compagnie nationale française informait ses passagers de l’ouverture du nouvel aéroport international Blaise Diagne le 7 décembre, en remplacement de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Le numéro de vol ainsi que les heures de départ et d’arrivée restaient inchangés. Elle attirait l’attention des voyageurs sur la distance entre Dakar et Diass (50 km au panneau) et recommandait d’en tenir compte pour le temps de trajet. C’est ce qu’on attend d’une institution professionnelle. A ce moment-là, il était clair que toutes les polémiques, critiques et controverses, un sport national au Sénégal, étaient stériles. Et qu’il pleuve ou qu’il vente, j’allais atterrir à l’Aibd de Diass et rencontrer ce bijou d’infrastructure que nous devons au génie de la continuité gouvernementale du Sénégal. Le Sénégal reste le Sénégal, quels que soient les régimes et les pouvoirs élus.

Partie de Ailss en 2017, je rentre par Aibd en 2018, quelle meilleure manière d’entamer la nouvelle année après l’avoir célébrée à douze mille mètres d’altitude au dessus de l’Atlantique Nord et en A380 s’il vous plaît. Le pied ! Au moment d’atterrir, il y a plus de brousse que des lumières à partir du hublot. A l’approche, on aperçoit bien la Petite-Côte et ses hôtels illuminés qui la bordent, de même que la route nationale 2 grâce aux phares des voitures et des camions. Puis plus rien. Juste avant le balisage de seuil de piste, on devine bien de la broussaille mais c’est tout. Ce pilote est divin, il vient de poser son B777-300 comme on poserait un bisou sur la joue de son bébé endormi. A présent, on voit bien les balisages lumineux qui délimitent les deux bords de la piste et au loin le halo vif des lumières de la nouvelle-née, au fur et à mesure du roulage. L’excitation monte à bord pour les néophytes de l’Aibd comme moi en tout cas.


A la sortie de l’appareil, miracle, plus de coupée ni de bus, mais des passerelles comme à New York et Paris. Ensuite, des couloirs vitrés et des escalators, comme à Washington et Dubaï. Et des postes de police rutilants, des policiers éclatants et des carrelages tellement brillants que tu peux te mirer avec. Une aération fraîche et agréable. Des voyageurs calmes et pas agressifs du tout.
Comme à New York et à Paris, une ligne jaune visible ou on appelle les voyageurs un par un, « au suivant » et de la transparence partout et dans tout. Ici, pas de système D, pas de passe-droits, pas de prises de tête ni de protestations, c’est chacun son tour, c’est rapide, pourvu que cela dure. On n’attend pas plus qu’à JKF, toutes proportions gardées. Après la police, j’ai demandé à voir le Commissaire de l’aéroport. Légère hésitation, le patron n’est pas disponible, il y a un problème Madame ? Large sourire lorsque je dis que je voudrais lui exprimer ma satisfaction pour le good job effectué lorsque j’ai lu dans la presse qu’il avait mis un terme net à l’envahissement naissant des « rats » d’aéroport. La commissaire présente m’emmène voir une autre commissaire toujours dans le hall après la police et je lui répète mes félicitations et encouragements à continuer de faire de l’Aibd un aéroport émergent.

Emergent comme l’aéroport international (et domestique) Nelson Mandela de Praia, où n’accèdent que les voyageurs munis d’un passeport et d’un billet, et où ne circulent que des taxis neufs qui font la queue. Il n’y a pas de badauds ni de trafiquants dans les trois aéroports internationaux du Cabo Verde (nouvelle appellation officielle de la République du Cap-Vert) car la police y est très sévère et respectée. Pas de quartier pour les délinquants là-bas, la police tire à balles réelles et circule en tenue de Ninja pour ne pas subir de représailles de la mafia des drogues.

Contrairement à ses débuts laborieux, l’aéroport Blaise Diagne délivre les bagages des voyageurs à un rythme normal. Arrivés à 21h20, certains passagers ont récupéré très vite leurs bagages dès qu’ils sont parvenus aux tapis roulants. La plupart, dont moi, ont attendu plus longtemps, mais c’est raisonnable. Mes deux valises sont arrivées avec un décalage de 15 minutes. La première a daigné sortir à 21h35 et la seconde à 21h50. Je m’en sors pas mal et l’attente me permet de prendre des notes sur ce qui se passe. Les chariots sont tous neufs et disponibles en nombre suffisant, de plus ils roulent bien dans la direction voulue. Ici, pas d’oisifs mais des employés en gilet jaune floqué 2AS. Ils rassemblent des valises dans un coin pour les emmener à leurs propriétaires au service réclamation. Monsieur Mané, l’un d’entre eux, m’explique que ce sont des valises qui n’avaient pas été embarqués la veille à Paris par la compagnie qui m’a transportée, parce qu’elle aurait été en en surpoids. Elle les a transportés sur le vol suivant, le mien en l’occurrence.

Ici, pas d’oisifs

A son tour, m’ayant vu prendre des notes sur mon carnet de cuir jaune citron, il me demande si je fais une évaluation pour Air France. Je lui réponds que j’en suis flattée, mais que je suis journaliste du Soleil et je documente mon passage à Aibd pour mon reportage de la rubrique « Carnet de voyage ». En revanche, derrière un panneau à côté du tapis roulant, il y a beaucoup de valises qui attendent leurs propriétaires. Leur compagnie ne doit pas être aussi efficace que la mienne. Au sortir du tunnel, les valises de travers ont tendance à frotter le mur blanc qui se retrouve sali, sans compter les gars déjà fatigués à 30 ans qui s’appuient dessus. Il y aurait intérêt à le peindre en couleur plus sombre. Pour dire la vérité, il y avait aussi deux dames, une Européenne de grande taille rougie par le soleil et une Sénégalaise en boubou et «moussor» (foulard), assises sur un bout du tapis d’à-côté, fatiguées d’attendre leurs valises du vol de la veille. Personne ne leur dit rien. Mais elles finissent par se lever devant le visage réprobateur des passagers qui se sont sans doute appropriés leur nouvel aéroport.

Autre nouveauté, il n’y a pas eu de valises ouvertes, ni déchirées ou vandalisées. C’est un employé de l’AIBD qui m’a aidé à poser mes deux valises sur le chariot. Je l’ai remercié, mais quelle surprise : est-ce la nouvelle attitude AIBD ? Un autre employé qui m’a dit être Volontaire des transports aériens, m’a guidée et orientée vers la sortie. Nouvel aéroport, nouvelles mœurs. Dehors, le parking est immense. Dommage que l’autoroute à péage soit aussi sombre après tant d’éclat. Désormais, j’’attends de voir la zone Départs avec impatience. Bon vent aéroport Blaise Diagne!

Source: Soleil.sn

   

   

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